« La Destination » de Christophe Mahy

une pièce de Christophe Mahy    Avec La Destination, pièce pour un déclamant parue en septembre 2016 aux éditions l’Harmattan, le poète Christophe Mahy fait entendre la voix d’un réfugié syrien bloqué aux portes de Calais, « dans l’antichambre de la destination », désespéré d’attendre de retrouver sa famille déjà arrivée en Angleterre.

Peuplée d’images et d’indignations, sa parole retrace le chaos de la ville assiégée, les deux cents jours sous les bombes et la peur, l’exode imposé, les villes traversées, l’errance et la mise au ban de la société, l’incompréhension des hommes et l’abandon d’État, jusqu’à cette heure de révolte aux abords de « la ville lépreuse » et de cette « saloperie d’autoroute », avec, en bandoulière, les sonnets de Shakespeare et l’espoir au-delà de l’amertume.

Le souffle mis par Christophe Mahy dans ce poème d’indignation, qui oscille entre le chant et la diatribe, il s’agit à présent de le faire entendre, d’en relayer l’adresse. Et c’est à ce défi que se prêtent ensemble, en artistes-improvisateurs, le percussionniste Flavien Airault, le saxophoniste Sebastián Sarasa Molina, et le comédien Gabriel Tamalet, au sein d’un vaste concert-poème.

Prochaine date: Les 8 et 9 Juin 2017, à 20h, au Lavoir Moderne Parisien,  35 rue Léon 75018 PARIS

Réservations: contact@presences-monde.org

 

La DESTINATION — les 8 & 9 Juin 2017 au Lavoir Moderne Parisien – 20h from Gabriel Tamalet on Vimeo.

 

 


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Extraits sonores:

Extrait 1

Extrait 2

Extraits:

 » […] Il suffirait que tu me le demandes, là, comme ça, pour rien, juste pour le plaisir de parler et de savoir. Pour passer le temps. Alors je te parlerais du temps et du nombre de jours. Deux cents jours et à peu près autant de nuits, ça te dis rien? Deux cents nuits agrandies démesurément par la peur. Une peur immense, une seule immense peur pour deux cents jours et deux cents nuits. […]» p.11

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«[…] Oui, ce doit être ça, un jour, l’idée de la destination te pénètre à la façon d’une balle, alors tu te jettes sur les mers, tu t’écrases contre les sales grillages qui poussent un peu partout, en une nuit parfois, jamais peut-être n’ont-ils poussé aussi vite, puis des trains t’emportent, tu attends dans des gares, tu repars, toujours plus haut, toujours plus loin. Tu as fait vœu de ne pas reculer alors tu montes, tu montes peu à peu vers le nord, vers les cieux éteints de la vieille Europe où les barbelés à rasoir flambant neufs bordent de plus en plus près les routes que tu empruntes, tout près, tout près de toi, à chaque pas un peu plus près, et le jeu consiste à aller plus vite qu’eux, à arriver à destination avant que l’Europe ne soit ceinte d’une couronne d’épines en acier. […]» p.23

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« […] alors tu te dis toi-même que ce n’est ni le moment ni l’heure de tomber ici, dans la boue du cloaque qui est l’antichambre de la destination et que tu n’es pas arrivé au bout de ta patience et de ta lassitude, que c’est encore plus loin, toujours un peu plus loin et en même temps de plus en plus près au vu des barbelés qui rendent la route de plus en plus étroite et puis aussi des sales grillages infranchissables qui masquent la sale mer au bord de laquelle la ville lépreuse attend la pluie, la pluie froide et grise qui rince le cloaque et y creuse des flaques sans autres reflets que le gris du ciel bas. […] » p.31-32.

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